Fonds documentaire Raoul Ubac

Au fil des ans, grâce à de nombreuses acquisitions, une riche documentation sur l'oeuvre et la vie de l'artiste belge Raoul Ubac (1910-1985) a été constituée.  Outre les classiques catalogues et livres consacrés à l'artiste, de très nombreux éphéméras (cartons d'invitation, affiches et autres dépliants d'expositions) mais aussi et surtout des documents d'archives ont permis de constituer un fonds documentaire unique.


Raoul UBAC, de son vrai nom Rudolf UBACH est né à Cologne le 31 août 1910.

Il passe sa petite enfance en Allemagne, entre Cologne et Francfort, avant de rejoindre Malmédy où sa famille s’installe.  Son père, Ernst UBACH, vient d’y être nommé Juge de Paix au lendemain du Traité de Versailles en 1919.  Pour la mère de Raoul UBAC, Alice LANG, c’est un retour sur ses terres d’origine. La famille LANG est en effet propriétaire d’une tannerie de cuirs à Malmédy depuis plusieurs générations.

Entre 1920 et 1928, Raoul UBAC fréquente l’Athénée Royal de Malmédy où il poursuit ses études secondaires avec au départ l’objectif de devenir agent des eaux et forêts.  Il découvre avec curiosité la nature généreuse au cours de ses longues promenades dans les Fagnes voisines, haut plateau boisé à l’est de la Belgique.  Il est cependant en conflit avec son milieu familial et éducatif en général.

En rupture, il effectue un premier court séjour à Paris en 1928.  Raoul UBAC dira beaucoup plus tard qu’il ne sera resté à Paris que quelques semaines car il était souffrant.  D’autres témoignages, dont on ne peut douter, nous apprennent qu’en réalité Raoul UBAC a croisé le chemin du poète Jean GACON et que celui-ci lui a vivement conseillé de rentrer à Malmédy pour y terminer ses études secondaires.  C’est ce qu’il fit.  Durant cette fin de scolarité secondaire, un de ses professeurs lui passe sous le manteau le premier manifeste du surréalisme.

Une fois son diplôme en poche, les choses ne s’étant guère améliorées avec son milieu familial, il décide de retourner à Paris.  Il a alors 19 ans.  Il séjourne un premier temps rue de la Harpe, non loin du domicile de CALDER, fréquente les ateliers de la Grande Chaumière et de Montparnasse, rencontre les peintres Camille BRYEN et Otto FREUNDLICH.  Il s’inscrit également, mais sans grande passion, pour faire plaisir à ses parents dira-t-il, à la Faculté de Lettres de la Sorbonne.  Il y rencontre un certain Raymond MICHELET.  Ce dernier l’emmène un jour chez André BRETON.  « Rolf », comme il se fait appeler, fréquente alors le milieu surréaliste.  Il dira plus tard : « C’était moins les œuvres que l’atmosphère qui régnait dans ce groupe qui m’avait attiré.  J’étais encore à l’état de révolte.  Et dans ce milieu surréaliste, je trouvais l’atmosphère qui me convenait pour exprimer cette révolte de différentes manières. »

Commence alors de nombreux voyages à pied à travers toute l’Europe : la Belgique et la France bien entendu, mais aussi l’Italie, la Suisse, l’Autriche.  Il s’agissait en quelque sorte de voyages initiatiques de la vie comme cela était de tradition dans les mouvements de jeunesse allemands.  C’est en Dalmatie qu’il est attiré par les structures des pierres ramassées à même le sol.  Il en fait des assemblages qu’il photographie.

Otto FREUNDLICH lui conseille alors de se rendre à Cologne où il le met en contact avec le Groupe des Artistes Progressistes.  Raoul UBAC s’inscrira  à l’Ecole des Arts Appliqués de Cologne où il étudiera le dessin et la photographie durant un an.  Il était un habitué du fameux café Monopole.

C’est au cours d’une soirée dansante, « le bal des guenilles », qu’il fait la connaissance de Agathe Schmidt, appelée Agui, jeune allemande qui deviendra sa femme.  Ils se marieront à Ixelles le 08 juin 1939.

Rentré à Paris, Raoul UBAC participe assez activement aux activités du groupe surréaliste.  Ses photos, qu’il signera du nom de Raoul MICHELET, seront notamment publiées dans la revue Minotaure et illustreront également quelques ouvrages, entre autre, de son ami Camille BRYEN.  La guerre dispersera le groupe des surréalistes.

Raoul et Agui UBAC, en compagnie de René MAGRITTE, Jean SCUTENAIRE et leurs épouses, fuient à Carcassonne auprès de Joe BOUSQUET.

Très tôt rentré à Bruxelles, Raoul UBAC fonde avec René MAGRITTE la revue L’Invention Collective.  Deux seuls numéros seront publiés.  Il s’installe à ce moment dans un atelier de la Place du Grand Sablon au cœur de Bruxelles.

Lors d’un séjour en Haute-Savoie, en 1946, Raoul UBAC ramasse un morceau d’ardoise qu’il se met à graver à l’aide d’un instrument de fortune, en réalité un vieux clou trouvé sur le sol.  C’est la révélation pour lui ! Ce matériau sera « sa » pierre de prédilection.

Il déménage ensuite de Montparnasse pour le quartier de Montmartre qui sera son dernier domicile parisien.

Vers 1947, sur les conseils de son ami le peintre Henri GOETZ, Raoul UBAC se remet à la peinture.  Il rencontre alors un nouveau cercle d’artistes qui gravitent autours de la Galerie Denise René à Paris, dont Jean BAZAINE qui deviendra un ami proche et fidèle.

1947 est également l’année de naissance de sa fille Anne qui sera son unique enfant.  Elle embrassera également une carrière artistique, collaborant même à certains travaux de son père.

Parallèlement à la peinture, Raoul UBAC développera tout au long de sa carrière artistique des travaux d’illustration pour différents auteurs, dont ses amis poètes Yves BONNEFOY, André FRENAUD ou encore Jacques DUPIN sans oublier Christian DOTREMONT.

En janvier 1950, UBAC présente sa première exposition de tableaux à la Galerie MAEGHT à Paris avec laquelle il signera un contrat d’exclusivité.

En 1954, il obtient le quatrième prix du très prestigieux concours du « Carnegie Institute » de Pittsburgh aux Etats-Unis.

C’est à Dieudonne, dans l’Oise, qu’en 1958 Raoul UBAC acquiert une maison.  Il y installe deux ateliers ; l’un pour la peinture et l’autre pour le travail de ses sculptures.  Cette maison deviendra petit à petit son domicile fixe, préférant la campagne à l’agitation de Paris.

Fin des années ’60, et durant les années ’70, Raoul UBAC réalise de nombreuses commandes publiques, souvent dans le cadre de la loi Malraux dite du 1%.  A titre d’exemple citons les vitraux de l’Eglise de Varengeville-sur-Mer, réalisés avec Georges Braque, ceux de l’Eglise d’Ezy-sur-Eure, ceux de l’Eglise conventuelle Saint-Jacques du Couvent des Dominicains à Paris, sans oublier ceux du cœur roman de la Cathédrale de Nevers.  Il réalisa également des maquettes pour des tapisseries, dont certaines monumentales, installées, entre autres, au Palais de Justice de Lille, à la Faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry, à l’Hôtel de Ville de Martigues, …  De nombreux muraux complètent ses réalisations monumentales : Université de Reims, Université de Lille à Villeneuve-d’Ascq, Université de Paris XI à Orsay, Hôpital du Val de Grâce à Paris, …

En 1973, Raoul UBAC reçoit à Paris des mains du Ministre DUHAMEL le Grand Prix National des Arts.

En 1980, il réalise l’illustration d’un timbre pour la Poste française.  Il dira de ce travail : « C’est très important.  C’est vraiment de l’art populaire.  Un timbre que des milliers de gens ont pu voir, employer. (…) Ce véhicule qui se balade dans le monde entier et qui est une vignette porteuse de messages.  Je vois cela comme la production d’un fragment d’art populaire. »

Raoul UBAC meurt dans sa maison de Dieudonne le vendredi 22 mars 1985 à l’âge de 75 ans.